Bijoux Napoléon III et victoriens (1840-1890) : styles et matières

Les bijoux Napoléon III et victoriens, créés entre 1840 et 1890 environ, se distinguent par l’or jaune richement travaillé, les pierres de couleur comme le grenat et la turquoise, l’émail noir et une forte dimension sentimentale. Leurs motifs vont du naturalisme romantique au goût archéologique.

L’essentiel

  • Le Second Empire de Napoléon III s’étend de 1852 à 1870 ; le règne de Victoria, de 1837 à 1901.
  • L’or jaune domine, souvent travaillé en or de plusieurs tons, ciselé, amati ou filigrané.
  • Le style archéologique, inspiré des fouilles étrusques et pompéiennes, triomphe vers 1860-1880.
  • Les bijoux de deuil en jais, émail noir et cheveux tressés sont très répandus.
  • L’impératrice Eugénie remet à la mode le goût Marie-Antoinette et les nœuds.

Deux souverains, un même siècle

En France, la période correspond à la monarchie de Juillet (1830-1848), à la Deuxième République, puis au Second Empire (1852-1870) et aux débuts de la Troisième République. En Angleterre, elle coïncide avec le long règne de la reine Victoria. Les échanges entre Paris et Londres sont constants : les styles circulent, et l’on parle volontiers de bijoux victoriens pour des pièces françaises de même esprit.

C’est un siècle d’enrichissement de la bourgeoisie. Le bijou devient un marqueur social, porté en parure complète : collier, broche, bracelets, boucles d’oreilles assortis, présentés dans leur écrin d’origine.

Les grandes phases stylistiques

Période Style Caractéristiques
1837-1860 Romantique Naturalisme, fleurs, serpents, cœurs, or ciselé, cannetille
1852-1870 Second Empire Opulence, nœuds, goût Louis XVI, diamants en roses et old mine
1860-1885 Archéologique Granulation, filigrane, motifs étrusques et grecs
1861-1890 Deuil Jais, onyx, émail noir, cheveux tressés
1880-1890 Esthétique Formes plus légères, motifs d’étoiles et de croissants

Le romantisme et le naturalisme

Au début de la période, la nature inspire tout : branches, feuilles, fleurs, vrilles de vigne, fruits. Le serpent, symbole d’amour éternel, orne bagues et bracelets ; la reine Victoria reçoit d’ailleurs du prince Albert une bague de fiançailles en forme de serpent, en 1839. Les bijoux se couvrent de cannetille, un fin travail de fils d’or enroulés.

L’opulence du Second Empire

L’impératrice Eugénie, grande admiratrice de Marie-Antoinette, relance le goût du XVIIIe siècle : nœuds, rubans, pampilles, guirlandes. Les grandes maisons parisiennes réalisent pour la cour des parures de diamants spectaculaires. La bijouterie plus courante adopte les bracelets jonc en or, les broches à pampilles et les médaillons.

Le goût archéologique

Les fouilles d’Étrurie, de Pompéi et de Grèce fascinent l’Europe. La collection Campana, acquise par Napoléon III en 1861 et aujourd’hui en grande partie au musée du Louvre, révèle les bijoux antiques au public. Des orfèvres comme Castellani à Rome ou Eugène Fontenay à Paris redécouvrent la granulation et le filigrane. Ces pièces, très recherchées, se reconnaissent à leur or jaune mat et à leurs motifs d’amphores, de rosettes et de têtes antiques.

Les bijoux sentimentaux et de deuil

Le XIXe siècle est le siècle du sentiment. Le bijou porte des messages : bagues « regard » dont les initiales des pierres forment un mot, comme rubis, émeraude, grenat, améthyste, rubis, diamant ; médaillons renfermant un portrait ou une mèche de cheveux ; mains entrelacées ; cœurs cadenas.

Après la mort du prince Albert en 1861, la reine Victoria porte le deuil jusqu’à sa propre mort. La mode du bijou de deuil se répand : jais de Whitby, onyx, émail noir, cheveux tressés en motifs complexes sous verre. En France, ces bijoux de deuil connaissent aussi une large diffusion.

Les matières privilégiées

L’or et ses couleurs

L’or jaune 750 millièmes est le métal dominant, souvent associé à de l’or rose ou vert pour créer des effets de polychromie. Les surfaces alternent poli miroir, amati (finition mate grenue) et ciselure. Les bijoux en or estampé et creux, plus légers, permettent à une clientèle plus large d’accéder à des pièces spectaculaires.

Les pierres de couleur

  • Le grenat : grenat almandin en cabochon, dit « escarboucle », ou grenat de Bohême facetté en pavages serrés.
  • La turquoise : en cabochons ou en pavage, souvent associée aux perles, symbole de souvenir.
  • Le corail : très en vogue sous le Second Empire, sculpté ou en perles.
  • L’améthyste et la citrine : grandes pierres facettées sur monture d’or.
  • La perle fine : demi-perles en semis, en entourage ou en bordure.

Les diamants

Les diamants sont taillés en roses ou en taille old mine, sertis le plus souvent dans de l’argent doublé d’or : l’argent, blanc, flatte la pierre ; l’or protège la peau et les vêtements de l’oxydation. Ce montage argent sur or est un indice fort de datation antérieure à 1890-1900.

Comment reconnaître un bijou de cette époque

  • Poinçons : tête d’aigle (Paris) ou tête de cheval (province) pour l’or 750.
  • Diamants en roses ou old mine, sertis argent sur or.
  • Chatons fermés, parfois avec paillon, sur les pièces les plus anciennes.
  • Fermoirs à anneau ressort ou à boîte, épingles de broche dépassant du bijou.
  • Or jaune de plusieurs tons, ciselé ou amati.

Pour une méthode complète, consultez notre guide pour reconnaître un bijou ancien authentique.

Porter un bijou du XIXe siècle aujourd’hui

Un bracelet jonc Napoléon III se porte seul ou associé à une montre ; une bague à grenat cabochon réchauffe une main ; un médaillon devient un pendentif chargé de sens. Ces bijoux en or jaune s’accordent avec la tendance actuelle à l’or chaud et aux pièces à forte personnalité. Découvrez nos colliers et bracelets anciens et nos bagues anciennes.

Les fermoirs et les écrins, témoins discrets

Les détails techniques datent souvent mieux qu’un motif. Les broches du milieu du XIXe siècle ont une épingle longue qui dépasse du bijou et un simple crochet en C, sans sécurité. Les bracelets jonc se ferment par une boîte à languette, parfois doublée d’une chaînette de sûreté. Les boucles d’oreilles sont montées sur des crochets dits « à la Bretonne » ou sur des dormeuses à charnière.

L’écrin d’origine, en maroquin gaufré doublé de soie et de velours, portant parfois le nom et l’adresse du bijoutier, ajoute une valeur documentaire précieuse. Il permet de localiser une boutique et de confirmer une datation. Conservez-le toujours avec le bijou, même usé.

Un détail encore : les bijoux de cette époque étaient souvent conçus pour être démontés. Une broche peut cacher un anneau de pendentif, une parure se transformer en diadème. Cherchez au revers les vis, glissières et petits crochets qui trahissent ces usages multiples.

Questions fréquentes

Quelle est la période des bijoux Napoléon III ?

Au sens strict, le style Napoléon III correspond au Second Empire, de 1852 à 1870. Par extension, on l’emploie pour des bijoux français de 1850 à 1880 environ, caractérisés par l’or jaune ciselé, les nœuds, les pampilles et un goût marqué pour l’opulence.

Qu’est-ce qu’un bijou de deuil victorien ?

C’est un bijou porté en mémoire d’un défunt, très répandu après 1861 et la mort du prince Albert. Il est réalisé en jais, onyx, émail noir ou cheveux tressés, et porte souvent une inscription, une date ou un compartiment renfermant une mèche de cheveux.

Pourquoi les diamants sont-ils montés sur argent ?

Avant la maîtrise du platine, l’argent était le seul métal blanc disponible pour mettre en valeur la blancheur des diamants. On le doublait d’or au revers pour éviter qu’il noircisse la peau et les vêtements. Ce montage argent sur or caractérise le XIXe siècle.

Les bijoux Napoléon III sont-ils en or massif ?

Beaucoup le sont, en or 750 millièmes. Mais de nombreuses pièces sont en or estampé et creux, plus légères : elles restent en or massif au sens du titre, simplement avec une faible épaisseur. Le doublé or existe aussi et ne porte pas de poinçon d’or.

Qu’est-ce qu’une bague « regard » ?

Une bague « regard » est une bague sentimentale dont les pierres, lues de gauche à droite, forment le mot « regard » par leurs initiales : rubis, émeraude, grenat, améthyste, rubis, diamant. On trouve aussi des bagues « dearest » en Angleterre, selon le même principe.

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